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Mon 1er Ultra-Trail du Mont-Blanc – 28, 29, 30/08/2015
JJM et André Rodier

Mon 1er Ultra-Trail du Mont-Blanc – 28, 29, 30/08/2015

Nous sommes le vendredi 28 août 2015. Il est 17h15 lorsque nous (Vanessa Danglard et André Rodier, personnes sans lesquelles je n’aurais pas pu aller jusqu’au bout) arrivons place du Triangle à Chamonix. La place est multicolore de monde et je dois sauter une barrière pour m’insérer dans le flot des participants. Le soleil terrasse les 2500 personnes attendant le départ.

17h45 : les élites ont pris place et nous sommes à présent debout, prêts à en découdre. C’est l’heure du briefing. Il est succinct et l’accent est mis sur les conditions chaudes du samedi; ça va cogner !
17h55 : H-5 sur la musique caractéristique de l’événement, le commentateur lance un « est-ce-que vous êtes prêts ? ». Mais personne ou presque ne répond. L’ambiance est plutôt pesante. Il y a de l’envie mais aussi et surtout de la peur. L’émotion est trop grande et les gorges sont nouées. Je regarde mon voisin de gauche et mon voisin de droite, ils pleurent et moi … AUSSI !

readydepart

 

 

 

 

 

 

 

18h00 : C’est le départ. J’ai l’impression d’être au cross de Ceyrat. Tout le monde a besoin de courir (ça fait deux semaines qu’on tourne en rond sans faire de sport faut pas déconner !) et certains partent comme des avions. Il règne sur le parcours une ambiance de tour de France !

Je sais qu’il faut faire un départ extrêmement prudent et c’est ce que je fais. Les 31 premiers km avec le frein à main se passent vraiment bien. J’arrive aux Contamines, avec l’impression d’être juste échauffé. Les choses sérieuses vont à présent commencer. Je me suis fixé comme règle de ne pas être essoufflé. Le col du Bonhomme et la descente sur les Chapieux se passent bien et nous remontons à présent en direction du col de la Seigne. La pleine lune nous permet de marcher sans allumer la frontale.

parcours

profil
Vient ensuite la nouveauté 2015 : le col des Pyramides Calcaires ! La montée est caillouteuse et les coureurs râlent beaucoup. La descente sur le refuge Elisabetta est vraiment casse-gueule, il faut être vraiment vigilant… puis nous remontons sur l’arête du Mont Favre et là, j’ai sommeil. Je sens que mon lit m’appelle. Je serre les dents puis j’effectue la terrible descente sur Courmayeur. André et Vanessa m’accueillent. Il est 7 h du matin. J’ai parcouru 80 km et je me sens bien. Je ne veux pas perdre de temps et repars assez vite (trop vite…).
Je m’accroche à 4 coureurs qui mènent un bon train pour arriver au refuge Bertone. C’était trop rapide pour moi. Je ne suis pas lucide, j’ai trop sommeil. J’ai mal aux jambes. Je viens de me griller. Il me reste 85 km et je sais dores et déjà que je vais beaucoup souffrir. Au lieu de dormir, je continue, j’arrive au refuge Bonatti. Je m’allonge 5 minutes mais il y a énormément de bruit, je ne peux pas dormir. J’ai trop attendu pour faire la sieste réparatrice.

Arrivé difficilement à Arnuva, je m’alimente un peu mais le manque de sommeil entraine une digestion difficile. Je suis au pied du Grand Col Ferret, à la porte de l’enfer. Je ne peux plus avancer. Je n’ai plus de force, j’ai mal à l’estomac. Je suis au bout. J’ai atteint mes limites. Chaque pas est un effort surhumain. Tout le monde me double : les coureurs, les familles, les vers de terre. ..Mon rêve va s’achever là; mon objectif de temps et surtout le désir de ne pas trop souffrir sur cette course s’envolent à tout jamais. Ça sera mon premier abandon et je cherche déjà ce que je vais dire aux copains. Je suis échoué sur le chemin.

Mais je ne suis pas seul. J’envoie un message à Vanessa qui me dit de ne rien lâcher, qui m’encourage et me dit qu’André va venir à ma rencontre. Je pense à tous les gens qui m’ont encouragé et à Clément Melet qui me confiait que pour lui la seule victoire était dans le fait d’aller au bout.

ravito
Après de multiples efforts et tentatives, j’atteins le col et m’empresse d’aller voir le médecin présent au ravitaillement. Je m’effondre et lui dis que c’est foutu. Il me dit de bien souffler, de boire un coca, et de redescendre tranquillement. Je pensais qu’il allait me dire d’abandonner. Bien au contraire, il me dit « prends ton temps, tu vas finir! ».
Je reçois un message d’Anthony Gay qui me dit de ne rien lâcher, que je vais y arriver, que je ne me suis pas entraîné pour rien. Il m’enverra des messages tout au long du parcours, énorme soutien !

Je m’engage dans la descente et vois un jeune homme monter facilement à ma rencontre. C’est André. Il me dit que je n’ai pas de raison de m’inquiéter, que ça va aller. J’aimerais prendre son énergie. Il reste quand même l’équivalent de la distance du grand trail des Templiers à parcourir et je suis HS !

Avec un énorme doute, je tente le coup. La descente sur La Fouly est longue et je n’arrive pas bien à courir. Vanessa et André sont là. J’ai mis beaucoup de temps. J’ai l’impression d’être dans les derniers. André se moque de moi et me dit que je suis dans les 300 premiers !!!!  J’ai donc un peu de marge. En y allant doucement, ça peut peut-être passer. Il fait chaud, très chaud. Tout le monde souffre.

J’arrive péniblement à Champex où je décide de m’allonger 10 mn; ça va mieux. C’est à présent le temps des hallucinations : je vois des chèvres, des chevaux,des vaches, des ours, des êtres humains, mon beau-frère, l’ancien ministre Claude Allègre. Les balises sont des lutins… bref, tout va bien.

UTMB
Monté à Bovine, je redescends sur Trient… Nous allons attaquer la deuxième nuit, ce qui me fait un peu de souci. Il fait moins chaud mais le sommeil est bien bien là. Dans la montée de Catogne, je commence à délirer. Nos bâtons nous permettent de piquer des poissons et le monsieur devant moi en pique beaucoup plus… les fils se touchent.

Dernier effort jusqu’à Vallorcine où m’attend Thomas Bahor venu d’Annecy exprès pour me voir ! Vraiment sympa. Dernière côte de la Tête au Vent puis dernière descente sur Chamonix où je pose le cerveau (il faut dire qu’il ne servait plus à rien). Je suis un heureux finisseur en 34h27’06 », classé en 261ème position. C’est une victoire et elle est collective ! Je reviendrai, motivé plus que jamais…

Jean-Jacques Meyroneinc

 Photos : André Rodier

Site de la course :   http://www.ultratrailmb.com/fr/

Résultats complet : http://runraid.free.fr/courses/classements.php?annee=2015&course=utmb

chrono UTMB

A propos de BAC

8 commentaires

  1. Un formidable exploit pour une première expérience dans ce format de course, et très bien classé parmi les 1700 finisseurs. Et JJ sait aussi raconter, comme si on y était avec lui ! chapeau bas

  2. Bravo a toi pour cet exploit impressionnant qui fait quand meme reflechir avant de s’y lancer,je savais que tu pouvais le faire vu l’aisance que tu avais aux derniers entrainements communs mais aller au bout demande je pense une grande volonté. Respect !

  3. La lecture du récit ne fait que renforcer l’admiration face à un effort aussi intense. Félicitations à toi et à tes collègues d’aventure pour ton premier UTMB!

  4. Magnifique récit de course, à la hauteur de l’exploit réalisé. Jean-Jacques, tu viens de rentrer dans l’histoire. BRAVO CHAMPION.

  5. Merci les copains 🙂 Reprise cette semaine !

  6. bravo a toi superbe exploit, l’année prochaine je te vois sur le UPMA dans le cantal ou un 160km
    sera organisé.
    a bientôt

  7. Salut on a fait un bout de chemin ensemble ce dimanche à Lavault ( tu m’a aidé avec mon bidon)
    Quand je vois ton palmarès je suis content d’avoir fini à seulement 1min de toi!
    Bravo pour l’UTMB et pour dimanche Maxime Pinel

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